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CAROLINE PRINCESSE ET LA LICORNE
Caroline jouait dans sa chambre. Tout était calme dans la maison
paisiblement endormie pour la sieste. Les rideaux frémissaient sous un
souffle tiède passant par la fenêtre à demi ouverte. Seuls les merles, dans
le jardin, brisaient le silence et peut-être un chien dans le lointain.
La petite se coiffait devant la grande glace de son armoire : elle rêvait qu'elle
était une princesse ou bien une fée. Etait-elle Morgane ou Mélusine ?
Ce qu'elle ne savait pas c'est que devant la vieille armoire, sa mère et sa
grand-mère avaient joué aux mêmes jeux. D'autres longs cheveux blonds,
d'autres yeux de bleuets s'étaient reflétés devant cette même glace.
Les années avaient passé mais rien ne semblait changé.
Caroline effleura délicatement l'image qui se trouvait devant elle.
Elle ferma les yeux l'espace de quelques instants. Elle eut alors le sentiment étrange
de rêver, d'être à mille lieues, au bord d'une rivière. Elle s'accroupit, trempa
sa main pour sentir la fraîcheur de l'eau, sa fuite entre ses doigts écartés.
Le jeu lui sembla réel. Elle n'était plus dans sa chambre tapissée d'un papier
peint où souriaient des anges. La grande maison avait disparu. Elle était loin,
dans un monde inconnu. Elle n'éprouvait ni peur, ni étonnement.
En touchant le miroir (un acte accompli maintes fois dans
le passé mais toujours oublié),
C'était comme si elle avait deviné ce qu'il allait se passer.
Elle ferma les yeux et s'approcha encore plus prés du miroir, et là ce qu'elle
Vit, n'était pas racontable à une personne
qui ne croie pas que les rêves peuvent
Devenir réalité, alors elle ouvrit doucement est yeux et là elle vit :
Elle était prés de la rivière, dans une prairie lumineuse.
L'herbe était incroyablement verte et sentait tellement bon. Elle eut envie de
s'y laisser glisser. C'est ce qu'elle aurait probablement fait si un bruit derrière
elle n'avait attiré son attention. Elle se retourna et vit un curieux animal arriver
d'un trot paisible. Ce n'était pas un cheval et pourtant...
Son pelage était brillant, d'un blanc qui changeait selon les mouvements de la
bête. Parfois il était blanc comme une pierre de lune. A d'autres, chatoyant
comme un tissu de soie qui capturait dans sa trame tous les rayons du soleil.
A d'autres encore, irisé comme l'eau de la rivière, ou encore scintillant de
multiples facettes tel un diamant. Ses jambes fines et sa crinière d'argent en
faisaient un animal plein de grâce. C'était un spectacle extraordinaire.
Caroline comprit qu'elle se trouvait devant une jeune
licorne, comme dans les histoires que Maman lui racontait, le soir. Elle ne
pouvait s'y tromper. La longue corne effilée sur le front de l'animal, sa beauté
exceptionnelle ne laissaient aucune place au doute.
La fillette s'approcha d'elle. L'animal s'immobilisa et sembla attendre une
caresse, la jambe droite légèrement fléchie, en confiance. Pourtant, sa
maman disait qu'il était difficile de rencontrer une licorne et encore plus
de la toucher. C'est ce que fit pourtant l'enfant. Elle peigna de ses doigts,
pendant un long moment, les longs crins si doux. Il semblait que toutes
les deux se comprenaient parfaitement sans avoir besoin de parler.
L'animal pensait et la petite percevait ses pensées : " Je suis toi. Tu es
moi. Nous sommes nées le même jour. Ne m'oublie pas, jamais ! Je vis
de tes rêves. Si un jour tu oublies, en grandissant, le pays des rêves, alors…
Alors je mourrais. Reviens me voir souvent, il te suffit de traverser le miroir. "
Et puis, aussi soudainement qu'elle s'en était échappée, la fillette se retrouva
de nouveau dans sa chambre, devant le grand miroir. Le rideau frémissait
toujours. Un merle s'approcha de la fenêtre en sautillant. Les anges de la
tapisserie lui souriaient tendrement. Dans la maison quelques notes de
piano s'égrenaient. Etait-ce Maman ou Grand-mère ? Toutes deux
connaissaient le voyage merveilleux et la musique guidait leurs songes.
Maintenant elle était dans le secret et jamais elle le trahirait,
cela elle le promis à son amie, et en pensée à sa maman et sa grand-mère.
A bientôt petites frimousses chéries
Copyright La Fée Camille
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